Essais de masques

Aujourd’hui, je vous présente à mon tour l’accessoire le plus cousu du moment. Ça pourrait être drôle si on parlait d’une tendance de mode, et pas d’une épidémie qui fait des morts.

Depuis le mois de mars, et avant même le début du confinement, on a vu fleurir petit à petit nombre de patrons et de tutos pour fabriquer son propre masque en tissu. Au début, on avait du mal à trouver des infos, notamment en français. Et puis entre temps, on est passé d’une occupation pour personnes en mal de « travaux pratiques » à « mouais, ça peut peut-être être utile ». Merci pour votre feu vert les gars, mais heureusement que certaines n’ont pas attendu cette bénédiction pour s’y mettre.

Alors c’est sûr, ce n’est pas parfait. C’est sûr, on n’a pas encore fait 10 ans d’études pour savoir dans quelle mesure cela nous protège (même un peu) les uns des autres. C’est sûr, ça ne remplacera jamais un masque FFP2. Mais justement :
cela libère ces stocks essentiels pour ceux qui ne comptent pas leur peine auprès des malades.
cela nous rappelle les gestes barrières (qui ne s’annulent pas parce que l’on porte un masque), la présence du masque nous évitant de nous tripatouiller le visage (ce que nous faisons inconsciemment à longueur de journée)
– cela incite à plus de distanciation sociale (vous avez vécu au début les écarts de cinq mètres que faisaient les autres passants dans la rue ?)
– et accessoirement, ça limite la projection/réception de postillons, principal vecteur de propagation du virus. J’ai bien dit « limite » et non « empêche », du moins au niveau du nez et de la bouche (les yeux étant une autre porte d’entrée).

En bref, bien utilisé, c’est « mieux que rien », comme on l’a souvent entendu.
J’arrête là pour le coup de g***** parce que c’est loin d’être la seule chose qui m’aura gonflé dans la gestion de cette crise ; mais ce n’est pas le lieu : revenons à nos paisibles bobines !

Je disais donc qu’entre temps, patrons et tutos ont fleuris de tous les côtés, avec plus ou moins bonne fortune. L’hésitation et le doute étant une tradition familiale, j’ai testé des patrons au fur et à mesure des citations sur le fil de discussion dédié sur Thread and Needles, sans oser me lancer dans une série, de peur de faire des bêtises. Coton ou polyester, filtre ou pas filtre, modèle « coque » ou « à plis » ? Et surtout : est-ce assez couvrant, est-ce que ça tient bien en place ?

Le patron de Craftpassion

Celui qui a beaucoup circulé au début, diffusé par le CHU de Grenoble, se présente sous forme de coque. Je le trouvait assez facile et rapide à faire. Il a été mis à jour pour disposer d’une poche à filtre et d’un emplacement pour insérer un pince-nez, une astuce rapide dont je me suis inspirée pour ma série finale. Malheureusement, il est bien trop petit pour nos gros nez.

J’ai fait des essais en toile de coton simple à l’extérieur, et avec une toile de coton assez épaisse d’un drap ancien lavé et relavé. C’était doux et confortable au début, mais très rapidement humide, je pense que le tissu est trop épais et ultra absorbant, j’ai abandonné les draps anciens pour les derniers masques.

Le patron de 1083

Celui-ci possède une forme similaire mais se monte différemment : il n’y a pas d’ourlet sur le côté, mais au contraire l’intérieur et l’extérieur qui se replient l’un sur l’autre. Puis la gauche et la droite s’assemblent par la couture centrale. Cela a l’avantage d’être plus rapide : on ne s’embête pas à coudre les ourlets pour les élastiques. Mais le revers de la médaille, c’est que ce système de coulisse est plus gourmand en fourniture devenue rare : l’élastique.

 

Je n’ai pas cousu de molleton comme indiqué, je trouve que cela rend les masques assez irrespirables, et le but n’est pas qu’il se décolle quand j’expire, ou que j’étouffe.

J’en ai fait en poly-coton pour tester, et c’est effectivement moins respirant et plus chaud. J’ai abandonné. Il est un peu plus grand que celui de Craftpassion, et celui en coton a terminé dans la besace de Monsieur qui n’avait encore rien pour aller bosser en présentiel. Mais pour un homme, il n’y a rien de trop.

Le patron Couture et Paillettes

Ce patron-là a depuis été retiré du téléchargement depuis la sortie des préconisations de l’AFNOR, à cause de la couture centrale. C’était pourtant de loin mon préféré des trois cités jusqu’ici, le plus abouti et surtout le plus réfléchi car son autrice a assorti le tutoriel d’un long article nous permettant d’y voir un peu plus clair sur le type de matériaux à utiliser, grâce à ses connaissances d’ingénieure textile. Elle déconseille l’usage de polyester et suggère l’alternative des lingettes électrostatiques dépoussiérantes sans parfum et sans produits en guise de filtre. J’avoue que cela me rassurait davantage que les solutions hasardeuses à base de filtres d’aspirateur ou de hottes.

C’est le masque que j’ai le plus porté avant le modèle AFNOR car la forme est vraiment bien adaptée à nos visage, bien englobant et confortable. En revanche, il est un peu long à faire avec la boutonnière et le surfilage de plusieurs pièces.

Je pense qu’elle a vraiment apporté quelque chose dans la recherche un peu chaotique de solutions (de fortune) à adopter pour tous ceux qui cherchaient à coudre des masques. On peut toujours dire que ce n’est pas la panacée, mais est-ce qu’on en serait là s’il y avait un stock de masques suffisant pour tout le monde ?

Le patron de l’AFNOR

Ce patron de masque à 3 plis et surtout les recommandations sur le port du masque émanant de cet organisme de référence sont arrivés seulement à la fin du mois de mars. La gamme de montage n’est pas du tout limpide et j’ai gagné du temps en déchiffrage grâce à la vidéo de l’Atelier des gourdes.

Mais c’est le patron pour lequel j’ai finalement opté pour faire des masques pour ma famille car :
– il est très simple et relativement rapide à faire (y compris à la coupe : un simple carré)
– il ne possède pas de couture centrale (déconseillé)
– il englobe bien le visage et convient autant aux hommes qu’aux femmes

J’ai bien tenté quelques adaptations de peur qu’il soit trop juste pour les hommes, mais ça n’était pas concluant : j’ai agrandi le carré à 24 cm…et j’ai été obligée de faire des pinces. Bien englobant sous le menton, mais cela laisse un amas de tissu sur les côtés, et en grande série, ce serait une perte de temps supplémentaire (et de tissu).

 

J’ai aussi essayé quelques versions avec ouverture entre les deux épaisseurs pour avoir la possibilité d’insérer un filtre (lingette dépoussiérante recommandée par Couture&Paillette), mais j’ai abandonné parce que ça a fait buguer la machine et jurer la couturière parce que ça fait là encore perdre du temps (surfilage des quelques cm laissés à cru) et l’utilisation des filtres est de toute façon déconseillée dans le document de l’AFNOR.

Voilà les adaptations conservées :
coudre les carrés et les retourner plutôt que de surfiler-assembler les bords directement. Je ne sais pas si ce sera plus durable ainsi, en revanche ce que je peux dire c’est que cela prend beaucoup plus de temps à retourner-ressortir les angles-repasser. Je ne sais pas si je ferai toujours ça.
intégrer une barrette métallique qui soit amovible (et non enfermée comme sur la vidéo) en laissant une ouverture dans l’ourlet du haut. Je commence à le coudre en prenant au passage le premier élastique, je fais un point d’arrêt et redémarre 2 cm plus loin.

Les matériaux

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le document de l’AFNOR n’a pas éclairci les choses, mais a plutôt ajouté de la confusion ! « Popeline 120 fils », c’est plutôt obscur, ça existe vraiment ? (edit : non, comme nous l’explique l’article des Trouvailles d’Amandine).

A défaut d’information fiable, j’ai retenu de mes essais et lectures précédents qu’il fallait :
privilégier le confort : éviter les matières synthétiques qui pourraient irriter et/ou tenir chaud
favoriser la respirabilité : exit les tissus trop épais, les sur-épaisseurs (je n’ai toujours pas compris le coup du molleton!!)
éviter les tissus trop lâches si on veut faire minimum barrière aux projections… C’est plutôt logique. Au revoir double gaze.

J’ai donc utilisé mes chutes de coton les plus fines ET les plus serrées, puis, quand j’ai épuisé le filon de chutes qui était adaptées, j’ai commandé de la percale de coton pour les masques destinés à ma famille (oui, on pense ce que l’on veut des commandes, pour moi il est aussi important en ce moment de conserver tant bien que mal l’emploi, donc j’ai aussi commandé du chocolat artisanal, du fromage du coin, des livres chez mon libraire, de la bouffe chez mes producteurs et restaurateurs locaux et on était tous contents).

C’est un tissu assez fin qui a la particularité d’avoir un tissage très serré. Ça a de la tenue, et j’ai aimé le travailler. J’ai fait attention à choisir des motifs discrets et les plus pâles possibles : que sait-on vraiment de l’impact des teintures et des apprêts aussi près des voies respiratoires ? Pas grand chose…

Enfin pour les barrettes métalliques faisant office de pince-nez, je n’avais pas sous la main les fameux fermoirs-à-paquet-de-brioche, donc j’ai mangé des maquereaux 🙂 et j’ai ensuite découpé la boite grâce à une pince prêtée par M. Mousse (mais apparemment aux ciseaux ça fonctionne aussi). J’avais tracé des bandes de 0,5 cm pour couper à peu près droit, et j’ai ensuite « emballé » la languette dans du sparadrap fin type prévention ampoules pour éviter d’éventuelles blessures (même si ça reste peu coupant).

Les autres patrons

Sur le fil de discussion, d’autres patrons ont été cités en recevant de bons retours : le masque éventail de Paulo, le Libremasque, et plus récemment, ceux de forme coque sans couture centrale, comme celui de Mask Attack.

J’avoue que je n’ai pas essayé, car il fallait à un moment arrêter d’essayer… et faire. Pour de bon. Même si ceux-là semblaient bien aussi. J’ai complètement laissé tomber les tutos vidéo, car là c’est la jungle et on avait 2-3 masques à coudre.

L’entretien

On a lu de tout sur l’entretien des masques : de 30° à 90° (La Maison Victor), on ne sait plus vers quel Saint Lessive se tourner.  Mon Papi m’a même parlé de mettre les masques au four… au secours !

Du coup, n’ayant pas plus d’infos, j’essaie d’écouter mon bon sens, qui jusqu’ici m’a plutôt bien guidée… Les masques vont-ils m’exploser à la figure aux douze coups de minuit ? Non. Faut-il lancer un cycle juste pour un masque ? Non, on ne serait pas cohérent ici avec le mode de vie qu’on essaie d’adopter. Donc je les mets de côté (dehors ou dans un sac) jusqu’à la prochaine lessive, qui est soit à 40, soit à 60°. Si jamais ça ne suffisait pas (mais j’en doute), le petit coup de fer à repasser bien chaud fini le travail. Bien sûr quand on reprend le travail en présentiel, cela nécessite de les laver plus régulièrement que pour sortir faire ses courses une fois tous les 15 jours… Dans ce cas il faudra sans doute les laver à la main, à l’eau très chaude, tous les soirs.

Cela nécessite d’en avoir un nombre suffisant pour qu’ils aient le temps de sécher. J’essaie d’en faire au moins 4 par personnes, mais je pense que 6 serait mieux pour disposer d’un jeu de 3 masques par journée de travail sur 2 jours, et les changer ainsi tous les 3 ou 4 heures comme préconisé.

Porter le masque correctement et poursuivre les gestes barrières

Bien sûr, nous le savons tous maintenant, un masque ne sert à rien s’il est mal utilisé, voire contre-productif s’il est tripoté après avoir été bien bombardé par des postillons contaminés ! Donc j’ai accompagné mes envois d’une notice reprenant les recommandations que l’on voit partout (qu’il faut apparemment que je reprenne car le positionnement des élastiques derrière la tête n’a pas été bien compris ^^) :
-se laver les mains avant la mise en place
-ne plus y toucher du tout après
-le manipuler par les élastiques pour le retirer
-ne pas le porter plus de 4h
-instructions de lavage etc…

…que l’on retrouve dans cette vidéo du CHU de Nantes que je trouve bienvenue car elle dédramatise les choses tout en étant pédagogique :

Rien de nouveau dans cet article donc, mais en compilant tout cela par écrit, j’ai l’impression de fermer une parenthèse après des heures d’errance sur le net ! Je ne suis toujours pas sûre de faire bien, mais d’avoir assez de matière pour faire d’autres séries pour les gens que j’aime, en attendant d’avoir accès à mieux. J’espère que tout va bien pour vous, malgré cette situation.

 

 

Une réflexion sur “Essais de masques

  1. Merci pour ton article : je vois que je ne suis pas seule à avoir passé plus de temps à chercher comment bien faire qu’à faire !

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